samedi 19 octobre 2019
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Brésil: le vrai-faux scandale Pessoa

La nation hôte des Jeux Olympiques a attendu jusqu’au dernier moment pour annoncer la composition de ses équipes. Si celles de dressage et de concours complet n’étaient pas particulièrement attendues, celle de saut d’obstacles laissait planer un certain suspens. George Morris, le sélectionneur l’a levé. Doda ira à Rio, pas Pessoa. Explications.

Décidément, le Brésil vit des heures agitées. Quand il ne s’agit pas de son gouvernement mis à mal par les scandales, c’est sa fédération équestre qui prend le relais à son insu. Après le limogeage soudain et incompris de Jean-Maurice Bonneau à l’automne dernier, le Brésil a fini par opter pour une solution nord-américaine : George Morris. L’ex mentor de l’équipe américaine, coach de nombreux cavaliers, a pris les rênes d’une équipe en pleine interrogation.

Rodrigo Pessoa, champion olympique individuel en 2004, 6 fois sélectionné aux JO (la première fois en 1992 à Barcelone…à seulement 17 ans !), s’est associé à Doda de Miranda en décembre dernier pour s’adjoindre les services de l’américain. Cette démarche privée a ouvert la voie à une nomination de Morris comme entraîneur de l’équipe brésilienne le 2 janvier. Le renvoi de Jean-Maurice Bonneau ayant été mis sur le compte de difficultés financières, ce dernier n’avait pas caché son étonnement à l’annonce de cette nouvelle. En effet, George Morris reste l’un des meilleurs entraîneurs au monde, et son coût n’est sans doute pas inférieur à celui du français. La rumeur, jamais démentie ni confirmée, raconte que les cavaliers auraient financé son intervention sur leurs fonds personnels.

Doda, Pessoa, et après ?

Jusqu’au début de saison, trois cavaliers semblaient dominer au Brésil. Doda de Miranda, Rodrigo Pessoa et Pedro Veniss paraissaient incontournables pour une sélection olympique, tant du point de vue de l’expérience, du niveau général que des chevaux. Bernardo Alves ne disposant pas de monture prête, il fallait encore trouver deux autres couples. Malheureusement, Pessoa ne parvint pas à stabiliser Jordan, un temps pressenti, tandis que Doda, suite à sa séparation d’avec Athinas Onassis, dut vite revoir ses ambitions à la baisse. Face à ce constat, George Morris dut se creuser la tête pour constituer une équipe digne de la nation hôte.

Lundi 18 juillet, la fédération brésilienne annonça la liste définitive. Sans surprise, Doda et Pedro Veniss y figuraient avec respectivement Cornetto K et Quabri de l’Isle. A leurs côtés, Eduardo Menezes (Quintol), et Stephan de Freitas Barcha (Landpeter do Feroleto). Rodrigo Pessoa hérita du statut de remplaçant, un remplaçant de luxe certes, mais une place qui lui donnait d’emblée un rôle majeur au sein de l’équipe. En effet, quoi de mieux pour soutenir une équipe renouvelée et moins expérimentée, courant à domicile, qu’un ancien champion olympique ? Au même titre qu’une Laura Kraut (remplaçante pour les Etats-Unis) ou qu’un Philippe Rozier (5e pour la France), Rodrigo, dépourvu de montures réellement prêtes (Status n’a jamais retrouvé son niveau de 2014, et Cadjanine Z, bien qu’à fort potentiel, ne montrait pas de régularité suffisante), constituait un 5e homme – éminence grise du chef d’équipe et de l’entraîneur, on le sait – idéal et indispensable.

Amaral prêt

Hélas, le champion brésilien l’a mal pris. Il a déclaré à nos confrères de Studforlife.com ne pas souhaiter honorer cette sélection, considérant qu’il méritait sa place dans l’équipe (le quatuor principal) compte tenu de son palmarès et de son expérience. Toutefois, il a tenu à préciser qu’il avait accepté de mettre à disposition Cadjanine Z, même si un second couple remplaçant se prépare également et prendra la place de 5ème le cas échéant, Rodrigo refusant catégoriquement d’occuper le strapontin. Peu présent sur le sol européen depuis janvier, George Morris ne s’est pas du tout exprimé depuis lundi. Pessoa affiche clairement son désaccord avec l’américain, et critique son choix, notamment en appelant le moins expérimenté des brésiliens, Stephan de Freitas Barcha. A 26 ans, 152e mondial, Stephan, entraîné par…Nelson Pessoa depuis 2013, se retrouve malgré lui au coeur de la controverse. Pourtant, il ira bien à Rio. De son côté, la fédération brésilienne a publié le 18 juillet une liste où Pessoa figure parmi l’équipe sans précision de sa place, Felipe Amaral avec Carthoes BZ étant qualifié de « en attente ». Rio sans Pessoa ? Les tractations sont sans doute encore en cours. Toujours est-il que la FEI a, quant à elle, publié une liste définitive comportant Pessoa mais pas Amaral…

Réactions tranchées

Les médias et les réseaux sociaux se déchaînent néanmoins depuis trois jours. Inadmissible pour les uns, plus ou moins normale pour les autres (on ne discute pas le choix d’un entraîneur dixit certains), la mise à l’écart de Pessoa provoque des réactions extrêmes, tout autant que la personnalité de l’homme. Au-delà du choix d’un entraîneur et d’un staff technique, plusieurs questions se posent. Qui décide de quoi au Brésil ? S’agit-il d’un règlement de compte ou juste d’une décision technique ? La situation brésilienne n’aurait-elle pas influencé ce choix, devenu éminemment politique ? Le torchon brûlait-il déjà entre Pessoa et Morris ? Comment Pessoa, en l’espace de quelques mois, a totalement changé son point de vue sur le mentor américain ? Le Brésil peut-il se passer d’une icône telle que Rodrigo, presque aussi connue dans son pays qu’un footballeur ou un pilote de F1 ? L’éternel équation insoluble du juste choix ne trouvera sa réponse – peut-être – que sur le terrain, là où le sport se joue. Il serait étonnant que George Morris ne finisse pas par expliquer sa décision. A l’aube de ses 80 ans, la légende vivante a rarement gardé sa langue dans sa poche. Comme Rodrigo.

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