mardi 23 juillet 2019
Accueil / Autres / Fermeture d’Equidia Life : où va le sport ?
boutreau
Pascal Boutreau continue malgré tout sur Equidia Live (photo: Gilles Alleaume)

Fermeture d’Equidia Life : où va le sport ?

Depuis hier soir et l’annonce désormais officielle de la fermeture d’Equidia Life en fin d’année, les témoignages et messages pleuvent sur les réseaux sociaux. Les « yakafokon » et autres « jvoulavébiendi » se livrent un match sans merci. Pourtant, de sages paroles ont été prononcées par certains. En attendant l’écran noir, une question essentielle n’a pour le moment pas été posée : où vont aller les sports équestres ?

Celle-ci peut être envisagée sous deux angles. D’abord, techniquement, où allons-nous pouvoir regarder à partir du 1er janvier 2018 les grandes compétitions sportives ? Pour les championnats FEI, les passionnés se rabattront (comme ils le font déjà pour certains) sur FEI TV. Moyennant 50.99€ par an, vous pourrez voir en direct (et revoir) toutes (ou presque) les épreuves labellisées FEI (Coupe des Nations, Coupe du Monde, championnats continentaux, JEM). Sachant que le modèle FEI consiste à exploiter les flux d’images fournis par les organisateurs – images produites à leurs frais -, contre aucune contrepartie, il y a fort à parier que ce site ne connaîtra pas un surcroît d’intérêt auprès des fans.

Pour les autres épreuves, plusieurs plateformes ont émergé ces dernières années. La plus puissante et techniquement la plus aboutie s’appelle ClipMyHorse. Cette société allemande a acquis une solide notoriété partout en Europe et dispose de moyens humains, financiers et techniques qu’aucun autre acteur du genre ne peut afficher. Avec une nouvelle équipe française récemment nommée, il est probable que ClipMyHorse se développe fortement durant l’année qui vient. Sa force : s’intéresser à tous les niveaux de compétition et aux trois disciplines olympiques, auxquelles s’ajoute l’élevage. Le récent partenariat établi avec L’Eperon et la SHF confirme cette volonté de s’intégrer à la filière dans son ensemble. Pour 119,40€ par an (ou 12,95€ par mois), l’utilisateur accède à tous les contenus en direct et en replay, HD incluse.

En face, la riposte franco-française s’organise autour de Grand Prix Group et de sa nouvelle marque, Grand Prix TV. Le rachat du filmeur WAN Video fin 2016 a permis au groupe média de se lancer en quelques mois sur ce marché visiblement prometteur de la video live et de la VOD équestre. Si le direct est gratuit, le replay, lui (comme chez ClipMyHorse) est payant, sur le même modèle que le faisait WAN Video.

Ensuite, nous sommes en droit de nous demander où va le sport, ou plutôt où vont les sports équestres. Un an après l’or olympique (par deux fois !), la France équestre donne l’impression d’être en totale déliquescence. La Bérézina aux championnats d’Europe (CSO, CCE, dressage) et la multiplication des CSI5* confèrent à cette saison un goût plutôt doux amer. Dotée d’Equidia Life, la filière française semblait invincible. Que craindre lorsque l’on dispose d’une chaîne dédiée ? C’était unique au monde. Oui mais, n’était-ce pas juste l’arbre qui cachait la forêt ? Il serait inutile d’adopter une position alarmiste. Certains voyants sont au vert : les chevaux français se vendent très bien, et éleveurs et cavaliers s’en réjouissent. Mais la tendance actuelle à l’Ecclestonisation (du nom du magnant de la F1) du saut d’obstacles ne va-t-elle pas à l’encontre des fondements du sport ? La disparition d’Equidia Life, si elle n’est pas liée directement à ce dernier point, constitue probablement un dommage collatéral d’un univers en pleine fracture. D’un côté le micro milieu (principalement du saut d’obstacles), le haut niveau et sa cour, où les budgets explosent sans que cela ne pose problème, de l’autre l’essentiel des promoteurs, passionnés et pratiquants multi disciplines aux moyens limités. Pascal Boutreau, responsable des sports de la chaîne, l’a très justement souligné dans son billet du jour (LIRE) : si les licenciés FFE s’étaient un tant soit peu intéressé à Equidia Life, la chaîne n’aurait sans doute pas fermé, tout du moins aurait-elle trouvé des défenseurs quelque peu plus véhéments. Face à cette absence d’intérêt et à des recettes minimales (ne parlons pas de rentabilité), le monde des courses, après avoir perfusé la chaîne des années durant, ne pouvait plus justifier ses investissements.

Faute de réelle audience (quantitative et non qualitative), Life n’a jamais convaincu les annonceurs, davantage tournés aujourd’hui vers le digital, plus concret et immédiat. Pourtant, les équipes ne ménageaient pas leurs efforts pour attirer les téléspectateurs. En vain…

Cette disparition exige de tous les acteurs de la filière sportive de reconsidérer leur modèle de médiatisation. Car quand « passer sur Equidia » représentait une sorte de Graal pour certains, il faudra à ces mêmes personnes dépenser bien plus d’énergie pour compenser cette perte sèche de visibilité. Espérons malgré tout que les conséquences ne soient pas aussi désastreuses que l’on pourrait l’imaginer.

 

Suggestions

deroubaix

CSI4* Bourg-en-Bresse : la victoire pour Alexis Deroubaix

Rendez-vous incontournable cette semaine avec le très prisé CSI 4* de Bourg-en-Bresse. Les victoires tricolores …