samedi 19 octobre 2019
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Hervé Godignon ici au Saut Hermès 2017 demande à Serge Lecomte de prendre position (© Alleaume Gilles 2017. Saut Hermes 2017)

Hervé Godignon: « J’attends que le président de la FFE s’exprime ! »

Candidat à l’élection fédérale voici quelques mois, co-fondateur et vice-président de l’ACSOF, cavalier international et entraîneur de l’équipe finlandaise de saut d’obstacles, Hervé Godignon ne s’était pas encore exprimé sur l’épineux dossier des droits d’engagement FEI. Interrogé aujourd’hui, il ne mâche pas ses mots.

Que pensez-vous de l’accord passé entre la FEI et l’organisateur du Global Champions Tour ?

J’ai pris le temps de parler avec ceux qui se sont déjà exprimés, comme Eleonora Ottaviani, Kevin Staut, Steve Guerdat, etc. J’ai également lu la récente déclaration de la DTN Sophie Dubourg. Quelque part elle a tout dit. Sur le fond je n’ai pas grand chose à rajouter. Sur la forme, il faudrait par contre coordonner tout ça. Que chacun s’exprime de son côté, c’est une belle chose. Maintenant, je pense qu’il faut coordonner toutes ces volontés. Tous les acteurs, cavaliers, propriétaires, organisateurs défendent la même chose et voient le danger que cette évolution représente.

Qu’est-ce-qui vous interpelle le plus dans ces changements ?

Tout d’abord les conditions d’harmonisation des tarifs dans les concours est une hérésie totale évidemment, puisqu’on ne va pas comparer ce qui se passe à « Palm Beach Disneyworld » et dans le monde réel. Cela traduit une méconnaissance totale de la réalité. Ensuite, ces mesures changent les modalités d’accès aux CSI2* et 3* en les indexant sur le classement mondial. Je voudrais que l’on m’explique comment on va tenir compte d’une ranking pour faire du 2* quand on ne prend pas de points dans les 1* ?! Cela signifie qu’à partir d’aujourd’hui, si on met cela en place, les gens qui ne figurent pas encore sur la ranking parce qu’ils sont jeunes ou inexpérimentés ou sans chevaux, on leur dit ‘c’est fini, tu ne feras plus jamais de sport’. On fait quoi ? On instaure un numerus clausus ? On attend qu’il y en ait un certain nombre qui décède pour en intégrer d’autres ? C’est absolument ridicule ! Tout ça n’est qu’une énorme aberration qui ne fait que mettre en évidence le dysfonctionnement de ces grandes fédérations. Il y a d’ailleurs récemment un collectif qui s’est insurgé du fonctionnement des fédérations nationales et internationales en général, dénonçant un manque de transparence, voire plus.

La réaction de la DTN Sophie Dubourg peut-elle être qualifiée d’officielle ?

Ce qu’elle a fait est bien. Mais j’attends que le président s’exprime. Lui qui se veut le champion de la démocratisation de ce sport en France, je ne comprends pas qu’il ne s’indigne pas officiellement aujourd’hui et avec force dans la position qu’est la sienne, président de la FFE, plus grosse pourvoyeuse de fonds à la FEI. J’aimerais l’entendre. Car si l’on veut parler d’anti-démocratisation, nous sommes bien partis.

Lorsque l’on entend un Jan Tops en conférence de presse dire que si Kevin Staut n’a pas voulu souscrire à ce système, c’est dommage mais c’est tant pis pour lui, comment réagissez-vous ?

Mais Jan Tops s’en tamponne ! Je ne le critique même pas. Il utilise les failles d’un système. Le vrai responsable, ce n’est pas lui, c’est la FEI qui le laisse faire tout et n’importe quoi, y compris le contraire de ce que la FEI il y a à peine quelques semaines combattait. Rappelons qu’à l’époque, ses épreuves étaient qualifiées d’illégales, des juges ont été rayés des listes FEI. Dire aujourd’hui que ‘tout va bien madame la marquise’, moi je dis, ça pue la com’ !

Est-ce que ce n’est pas justement la puissance de l’argent contre la puissance – ou la faiblesse – du sport ?

Oui. Mais je suis aussi quelqu’un de réaliste. L’argent est important. Mais quand on appartient à la famille olympique, et que l’on a le désir d’y rester, je pense qu’il faut être très prudent sur l’évolution de notre sport et des signaux que l’on veut envoyer à la notre famille olympique. Si ces mesures passent, dans peu de temps, cette famille va nous dire ‘bon, les porphyrogénètes, allez faire joujou entre vous dans des bacs à sable, entre milliardaires, mais vous n’êtes plus dans les valeurs du sport au mérite’. Je ne dis pas que les gens qui évoluent à ce niveau ne le méritent pas. Mais comment peut-on imaginer avoir accès avec un parcours d’excellence qui vous amènerait du 1* jusqu’au 5* si l’on n’a pas accès aux concours qui nous permettraient de prendre des points pour atteindre l’échelon suivant ? Sauf à prendre des tables chez Jan Tops principalement ? Deux poids, deux mesures, ce n’est pas acceptable. Il y a un pourcentage de ‘pay tables’ accordé aux organisateurs, je ne vois pas pourquoi il aurait droit à plus que les autres. Encore une fois, je ne lui en veux pas. Jan joue son jeu, il pousse le bouchon. Tant qu’on ne lui dit pas ‘Maurice, ne pousse pas le bouchon trop loin’, il le poussera.

Qui peut lui dire ‘stop’ ?

Mais la FEI !!! Elle a tout contrôle. Si elle ne le veut pas, alors il faut peut-être envisager que les acteurs qui ne pensent pas comme ça réfléchissent à ce à quoi Jan Tops a réfléchi de son côté et dont il a menacé la FEI, de créer une deuxième fédération. Là, peut-être qu’Ingmar de Vos et la FEI vont rester avec Jan Tops, et qu’une autre fédération avec de vraies valeurs sportives va se mettre en place. Pourquoi pas ?

Pensez-vous que les acteurs actuels du sport – cavaliers, propriétaires, organisateurs – fassent ce choix ?

Ils n’ont pas le choix, c’est leur intérêt ! Ils sont en mesure de le faire s’ils se coordonnent. C’est pour cela que je dis : les interventions des uns et des autres c’est parfait, mais elles n’auront de valeur que si elles sont coordonnées au sein d’un seul et même mouvement, avec la fédération européenne, le club des cavaliers internationaux, les clubs de cavaliers nationaux, les fédérations, les DTN, etc. Je pense qu’il faudra aller beaucoup plus loin car il y a encore plus grave dans le fonctionnement de la FEI.

Sur quel plan ?

Il est anormal que des pays membres de la FEI n’aient même pas un cheval ou un cavalier enregistré FEI et qu’ils aient le même droit de vote que la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, la Belgique, etc. qui sont les principales nations, à la fois pourvoyeuses de fonds et de cavaliers dans le haut du classement mondial. Les Iles Vierges, c’est super, j’adorerais y aller en vacances mais donner à un pays qui possède plus de tortues que de chevaux, qui n’organise pas une compétition, qui n’a aucun cavalier enregistré, le même droit de vote que la France et les autres, ça me troue les fesses ! Ils peuvent avoir une voix consultative mais pas élective et votante. Cela existe dans d’autres fédérations avec des critères précis. Nous, nous n’avons pas de critères. Cela permet toutes les dérives. Ces pays qui n’ont rien à gagner ni à perdre mais qui ont une voix extrêmement prépondérante quand on les additionne, il suffit d’un carnet de chèques pour acheter leurs voix.

Vous avez cité les Etats-Unis parmi les pays les plus importants contributeurs à la FEI. Il semblerait néanmoins que certains représentants de ce pays se soient rangés du côté de cette décision. Qu’en pensez-vous ?

Je ne mets pas dans la même soupière un américain présent au sein de la FEI et l’ensemble des acteurs du sport aux Etats-Unis. Ce sont deux choses différentes. Je pense que lorsque l’on est membre d’une institution chargée de défendre l’intérêt général, il y a d’autres valeurs à promouvoir que les intérêts particuliers.

Ne sommes-nous pas justement à un tournant de l’évolution du sport ?

Très certainement et je trouve cela plutôt positif et sain qu’un certain nombre de personnes se sentent interpellées par ce débat et aient vu le danger à moyen et long termes de ces décisions. Le risque d’une fédération qui ne deviendrait principalement qu’une organisation autour d’un sport-business et de personnes riches serait de s’éloigner voire de quitter la famille olympique. Ce serait dramatique. Aujourd’hui, les JO, c’est le rêve de tout propriétaire. J’ai des tas d’élèves au niveau national, 2*, 3* qui ont des propriétaires qui ont envie d’investir sur eux. Si on leur dit officiellement ‘vous n’y arriverez jamais, vous n’aurez jamais le droit de participer à un 4*/5* sauf à payer 25-30.000 euros la table’. Ces gens-là vont arrêter d’investir. C’est l’ensemble de la filière qui est mis en danger. Dans des pays comme le nôtre avec une filière forte – j’entends par filière la production, la transformation, la commercialisation – il faut que les gens se rendent compte de toutes les implications de cette dérive.

Propos recueillis par Xavier Boudon.

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