jeudi 19 octobre 2017
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Jean Rochefort vu par Eric Knoll.

Jean Rochefort, une étoile au paradis des chevaux

La nouvelle est tombée lundi matin, ce 9 octobre. Soudaine, violente. Jean Rochefort venait de disparaître à 87 ans. Non sans avoir marqué son époque mais aussi celle de beaucoup d’autres générations. Intemporel, il est en réalité devenu éternel pour beaucoup d’entre nous. Un homme de cinéma mais d’abord de cheval s’en est allé.

J’étais entre deux avions, de retour de Tétouan. Un wifi disponible et voilà mon smartphone connecté au monde. Ce monde si brutal d’où nous proviennent bien souvent les pires nouvelles. Mais cette fois-ci, point d’attentat ou de catastrophe naturelle. Cette fois, j’étais touché au cœur comme le furent mes compagnons de voyage, quelle que soit leur nationalité. La voix de Winnie l’Ourson, la potacherie de quelques nanards devenus cultes, l’humour délicat confinant à l’élégance ultime, et cette moustache devenue comme une signature par-delà les décennies (Jean joua même dans un film intitulé « Le Moustachu », c’est dire son importance !), tout cela et bien d’autres choses encore venaient de disparaître. Ce grand-oncle drôle et brillant que beaucoup ont eu la chance de côtoyer aux abords des terrains de concours appartenait à notre grande famille, la vraie, l’humaine, la solidaire, la partageuse, la simple. Comme un signe, Jean Rochefort se faisait moins présent sur les pistes. Il préférait la simplicité, détestait le decorum, les strass, les salamalecs de ce qu’est devenu le monde du saut d’obstacles. Il parlait à tous, avec des mots précieux, justes, passionnés. Il possédait cette petite étincelle au fond des yeux qui indiquait sans ambages que le cheval constituait sa raison de vivre.

Mordu jusqu’au bout

Le cheval de sa vie fut sans nul doute le bel alezan Nashville III. Ce fils de Laudanum et de sa jument fétiche Téfine (par Invincible) offrit à l’acteur une reconnaissance définitive au sein du monde du cheval, même si sa discrétion et sa pudeur lui firent souvent préférer la quiétude des écuries, au contact de ses protégés, que la lumière des projecteurs…tout du moins autour des pistes. Confié à Jean-Maurice Bonneau, Nashville III brilla sur les barres, tout aussi élégamment que son naisseur. Quelques temps plus tard, sans le savoir, Jean Rochefort transmit le virus à celui qui allait devenir lui-aussi vingt ans après une star du cinéma, Guillaume Canet. Un passionné comme lui, mordu au point de mettre momentanément sa carrière en sourdine pour remettre le pied à l’étrier. Preuve de cette passion chevillée au corps, le sujet de son premier court-métrage, Rosine, réalisé en 1973. Comme beaucoup d’acteurs de sa génération, Jean Rochefort alterna grands et petits rôles, tout comme les « films avoines » tels qu’il aimait les appeler, ces nanards inoubliables qui firent bien souvent rire malgré eux des millions de spectateurs.

La chaleur incarnée

De cette passion des chevaux tirée de son grand-père paternel, cocher et éleveur à Dinan (oui, Jean était breton !), il tira d’immenses joies et de grandes peines aussi. Somme toute, il vivait au rythme de tous les amoureux des chevaux. Dans la simplicité et le respect de l’être. Je me souviens chaque jour et encore plus maintenant ce dimanche estival sur la piste de Vittel. Jean, Françoise et leurs filles étaient venu passer le week-end et suivre les cavaliers sur le concours complet international. Il n’en avait rien manqué, y compris du cross. Cette année-là, un certain Michael Jung avait gagné – la première victoire d’une longue série, juste devant Amélie Billard -. Portant chapeau de paille, chemise et pantalon de lin clairs, il avait alors pris le micro à la remise des prix et prononcé une tirade tout simplement extraordinaire. Drôle, touchante, émouvante, le public en avait des frissons. Quelques semaines plus tard, à Jardy, je lui remis une photo souvenir de cette belle journée. Avec un sourire complice accompagné d’une chaleureuse accolade, il se remémora ces instants précieux car voués au cheval. Il partageait sa passion avec ses proches, et a transmis à ses filles l’amour de l’équitation. Les images me revenant en tête sont nombreuses, mais c’est sans doute sa voix qui bercera encore longtemps nos soirées cinéma, ce timbre de conteur, ce ton théâtral venu d’ailleurs, d’un lieu dont seuls les chevaux ont le droit de troubler le calme paisible. Au revoir Monsieur Jean Rochefort, et bon galop sur la piste aux étoiles !

Toute l’équipe Horse-Actu.fr adresse ses plus sincères pensées à ses proches en ce moment d’uns tristesse infinie.

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