samedi 21 septembre 2019
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Julien Gonin n'a fait qu'un bond du rugby à l'équitation (photo: Damien Kilani / DKProd)

Julien Gonin: « J’aurais pu être Rugbyman mais les chevaux m’ont happé ! »

Il aurait pu être la « belle gueule » du rugby français aux côtés de Chabal ou Bonner. Mais par attirance et sous la bienveillance de Michel Robert, il a choisi les sports équestres. À 35 ans, Julien Gonin a démarré au bas de l’échelle pour atteindre au fil du temps l’équipe de France. Sans langue de bois, Julien nous accorde une interview fraîche, de ses débuts à la polémique de la FEI, avec pour toile de fond l’ovalie. Rencontre…

Horse-Actu : Comment es-tu arrivé à l’équitation ?

Julien Gonin : Depuis tout gamin je suis attiré par les chevaux, mais au départ j’ai fait du rugby. Aux côtés de Sébastien Chabal et Julien Bonner, j’ai fait sports études à Bourgoin-Jallieu. Ce sont les dernières stars de l’équipe de France, j’étais moins bon qu’eux et je n’étais pas fait pour couper les oranges (rires). Vers l’âge de 12 ans j’ai eu la chance d’aller chez Michel Robert. J’ai commencé par donner un coup de main, je tenais les chevaux puis j’ai commencé à monter.

H.A. : À quel âge as-tu commencé la compétition ?

J.G. : Je n’en ai pas fait avant 18 ans en fait. Mes parents n’étaient pas issus de ce monde, maman était employée dans une usine et papa travaillait sur commande numérique. J’ai commencé en pro 4, puis pro 3, pro 2, pro 1, en 4 ans j’ai gravi les échelons.

H.A. : As-tu fait des études ?

J.G. : J’ai fait toutes mes études dans l’agriculture. Je pensais plus me diriger sur le travail d’exploitant agricole qu’être cavalier. C’est en partant en école de commerce export-import du bétail en Europe, que Michel Robert m’a demandé de travailler ensemble. J’ai changé de voie à ce moment-là.

H.A. : Ta collaboration avec Michel Robert ?

J.G. : Chez Michel j’ai vraiment appris ce qu’était un système de travail, le travail des chevaux, la compétition cela a été une école très formatrice. Cela m’a permis de construire mon propre système et de pouvoir prendre mon envol. Je me suis mis à mon compte avec rien du tout, lorsque je suis parti j’avais une moitié de cheval avec Michel, c’est tout ! Je l’ai vendu dans les six mois qui ont suivi pour racheter une autre moitié, puis une autre … j’ai donné des cours et les premiers propriétaires sont arrivés.

H.A : Comment t’es-tu construit ?

J.G. : Je m’étais fait une semi quand j’étais gamin. J’avais 15-16 ans quand j’ai acheté une semi que j’ai toute retapée. À 21 ans, j’avais mon camion, je l’ai vendu pour racheter un camion plus confortable. Au fil des années j’ai eu pas mal de chevaux et j’ai pu me lancer dans l’achat de mon écurie. Aujourd’hui j’ai entre 20 et 30 chevaux.

H.A. : Tu as un programme particulier pour les jeunes chevaux ?

J.G. : L’hiver je dispose de beaucoup de jeunes, car ils finissent fin février et rentrent aux écuries au mois de Novembre. Nous avons, aux côtés de Jérôme Ringot et Stéphane Trinquiaux, créé le circuit du Winter Tour qui nous permet de faire des jeunes en décalé en région Rhône-Alpes, cela permet de finir la saison des jeunes fin février et de pouvoir les mettre en pâture au printemps et à l’été, ce qui est bon pour leur croissance.

H.A. : Comment vois-tu ta saison 2017 ?

J.G. : Il faut que les chevaux continuent de progresser, et que ceux derrière arrivent à maturité. Je vise de faire bien aux championnats de France. Je n’irai pas à La Baule, car j’ai fait un mauvais concours l’an dernier et je préférerais ne pas y retourner. Après selon les demandes de Philippe Guerdat je ferai des coupes des nations si possible. Avoir une saison régulière, aller dans les grands prix comme Bourg-en-Bresse où je n’ai pas pu me rendre l’an dernier. Cette année j’ai trois ou quatre chevaux pour aller au-delà d’1,50m. Soleil de Cornu, Une étoile Landaise, Well Done II (Weraton) et Vipper du Lavoir. Et puis j’ai des 7 ans qu’il faudra suivre…

H.A : Le Grand National ?

J.G. : Toujours aux côtés d’Oliver (Robert, ndlr) comme depuis 4 ou 5 ans. Notre objectif est de bien faire, j’aurai trois chevaux à mettre dans le grand prix du dimanche. Le circuit aide beaucoup pour grandir, et on s’en sert, et peut-être encore plus dans les années à venir avec ce que veut « pondre » la FEI ! Le grand national me permet d’emmener beaucoup de chevaux, avec de belles épreuves, cela est très intéressant.

H.A : Justement la polémique de la FEI ?

J.G. : Aujourd’hui celui qui vous donne l’avenir est un menteur ! On sait que le sport bouge beaucoup, que le futur sera bien différent, tout évolue très vite. Je n’espère pas que le circuit national prévale sur le circuit international. Il faut s’en servir, c’est un bon circuit, mais il ne faut surtout pas que les concours internationaux ne soient accessibles qu’à une classe de cavaliers avec des moyens financiers importants, ce serait la mort des cavaliers avec du talent. J’en suis l’exemple, je suis le pur exemple de quelqu’un qui a démarré de zéro, je me suis installé avec 1200 € en poche, comment veux-tu payer un engagement à 2 ou 3 000 € ? Il n’y a plus aucune chance de faire ce que moi j’ai fait… c’est la mort d’un système ouvert au talent.

H.A. : Est-ce que le circuit 3 et 4* est accessible justement ?

J.G. : Le 4* ? Cela n’existait plus l’an dernier, il restait Bourg-en-Bresse. Nous avons beaucoup de deux et trois étoiles, et nous sommes le pays avec le plus de 5*. Mais on ne peut pas se motiver à aller faire du 4*, même si lorsque l’on est bon sur des 3* nous arrivons à bien figurer en 5*. C’est dommage, car le 4* en opposition au 5* ouvert aux meilleurs cavaliers de la ranking, permet de pouvoir inviter les étrangers sur des épreuves bien dotées. Ce n’est pas en ne faisant que du 5* que l’on va être apprécié des autres pays, l’arrivée de nouveaux 4* sera la possibilité d’une progression vers les 5* plus « facile » pour nos chevaux. Aujourd’hui le sport demande beaucoup de chevaux multicartes avec du respect, de la vitesse, de la force, de l’équilibre, du sang….

H.A. : Est-ce que Julien a un rêve aujourd’hui ?

J.G. : Quand j’étais gamin un rêve c’était de faire une B1, pour moi c’était mon rêve. Aujourd’hui aller aux J.O n’est pas un rêve, mais plus un objectif. Aujourd’hui je sais que si j’ai un bon cheval que je garde, c’est tout à fait possible. Plus que des rêves ce seraient des objectifs : Championnat d’Europe, J.O., Championnat du Monde, voilà, ce sera plus cela pour moi.

H.A. : Est-ce que tu as des hobbies ?

J.G. : J’adore suivre le sport en général. J’essaye de m’ouvrir à plein de choses. Ma copine fait un autre métier que le mien, cela me permet de m’évader et de ne pas rester la tête que dans les chevaux. Je suis le rugby comme ce week-end au Saut Hermès, où entre les deux épreuves du samedi j’ai été voir le match. J’aime bien être au courant de tout ce qui se passe, des nouveaux talents… alors que le foot ne m’intéresse pas du tout.

Propos recueillis par Damien Kilani.

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