samedi 21 septembre 2019
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© Alleaume Gilles 2017. CPEDI Deauville 2017. Grade I. Léa SANCHEZ (FRA). RHAPSODIE*ENE-HN.

Léa Sanchez: « Mon Handicap a fait peur, l’équitation est bien plus qu’une passion »

A 17 ans, Léa Sanchez est devenue au fil des années une championne à part. Infirme Moteur Cérébral de naissance, la jeune amazone multiplie son temps entre études, cheval et kilomètres. Plus qu’une athlète handisport, Léa est une véritable virtuose du dressage équestre. Entre kilomètres pour s’entraîner jusqu’au Cadre Noir et les manuels de littérature, Léa livre plus qu’une histoire. Elle évoque ce que le mot dévotion offre de plus large : la magie de la rencontre de l’homme avec le cheval. Rencontre…

Horse-Actu.fr : Léa, comment en es-tu venue à monter à cheval ?

Léa Sanchez : Si je vous raconte toute l’histoire, nous y sommes pour un moment. Je suis venue à l’équitation par hasard. C’est grâce à ma grand-mère qui un jour a sorti un album photo que j’ai ouvert par curiosité. J’ai vu maman à cheval, car elle avait elle aussi une jument. Cela m’a fait beaucoup rire, car une fois elle était à cheval et puis après elle n’y était plus. J’ai toujours eu une attirance pour le sport, la natation, le vélo… plein de sports différents, j’ai même voulu tenter l’école du cirque, maman ne m’a jamais dit non à rien, et m’a dit on va essayer. Il fallait que je me rende compte par moi-même de la difficulté. On est allé à l’école du cirque, mais familièrement je me suis fait « bouler », car on m’a dit : « mais avec votre handicap que voulez-vous faire au cirque ?! » Pourtant cela m’attirait et pour moi cela a été un coup dur… et un matin à 7h j’ai dit : Maman pourquoi pas l’équitation ? Et voilà…

H-A : Tu t’es tournée vers un centre équestre ?

L.S. : Mon handicap a souvent fait peur, surtout pour faire de l’équitation. Cela n’a pas été simple, le risque de la chute, les différents paramètres qui en plus du handicap font que les moniteurs ont peur de vous prendre en tant qu’élève. Le premier club a été celui du Bois de Boulogne quand j’avais 6 ans pour faire de la ballade, mais ce n’est pas ce que l’on recherchait. Nous nous sommes donc tournés vers la Société Hippique Nationale à Dax, et à ma grande surprise il ont bien voulu me prendre sous l’impulsion d’Yvan Tryo qui m’a appris les bases et que l’on a suivi jusqu’à Saint André de Saignat. Nous faisons une heure et demie de route pour un quart d’heure de poney, du fait de ma fatigabilité.

H.A : Les choses se sont enchaînées après ?

L. S. : Nous nous sommes tournés pour pouvoir continuer vers Jean-Charles Huret à Piquegru où j’ai rencontré Pépite, une Haflinger née aux écuries. C’est une ponette qui ne bougeait pas une oreille lorsque je montais dessus ce qui n’était pas le cas avec d’autres cavaliers. J’avais très envie de compétition, et on nous a conseillé d’aller voir Florence Veillet, championne de Para CSO. Elle nous a pris sous son aile. Et c’est lors du concours Cheval et différence que les choses se sont emballées.

H-A : Comment s’est passée la suite ?

L. S. : Mon ancien entraîneur nous a poussé vers l’entraîneur national. Les choses ont évolué, j’ai fait des concours à la Garde Républicaine, au Haras de Jardy où je deviens championne de France en 2014. Nous avons pris contact par le biais de Philippe Célérier l’entraîneur national et la Garde Républicaine avec Handi Équi Compet et le Cadre Noir. Pépite n’avait pas le mental pour faire les grands rendez-vous, et c’est un partenariat avec le Cadre Noir de Saumur qui a été créé il y a trois ans.

H-A : Comment se passe ce partenariat ?

L. S. : On m’a présenté Rhapsodie avec qui je fais toujours équipe aujourd’hui et que je monte en concours. Le feeling est passé tout de suite. La jument est parfaite je lui fais une confiance aveugle, car elle a tout vu, surtout lors des galas du cadre noir. C’est avec elle que je suis devenue championne de France. Je fais 1000 km deux fois par mois pour aller la monter et je suis contente des résultats comme ce week-end à Deauville, car nous progressons très bien ensemble, et Rhapsodie cherche toujours à faire bien.

H-A : Tu avales les kilomètres ?

L. S. : Maman a acquis une résistance à la conduite extraordinaire. En plus des deux fois par mois à Saumur, je monte deux fois par semaine à 150 km de la maison. Puis je vais à Saumur deux ou trois jours avant les compétitions, la jument partant avec un camion de l’ENE pour chaque concours. C’est une véritable logistique et cela n’empêche que je dois aller m’entraîner avant.

H-A : Et tes études ?

L.S : Cela est compliqué, je suis en première L, et ce n’est pas simple de récupérer. Les professeurs l’ont d’ailleurs souligné ce trimestre. J’étais en concours ce week-end, j’étais en oral de Français ce mardi, parfois il y a beaucoup de fatigue. Mais je m’en sors quand même.

H-A : Tu parles de ton handicap ?

L. S. : Bien sûr j’ai un IMC de naissance. Je suis née à six mois et je suis restée en couveuse jusqu’à mes neuf mois à Bordeaux. Cela a été très compliqué pour mes parents. Les médecins m’annonçaient complètement « légume », avec ma tête, mais sans pouvoir réagir. Les médecins se sont trompés et heureusement d’ailleurs, cela a été dur pour moi, pour mes parents. Ce handicap me rattrape quelques fois, mais je l’oublie très souvent. L’équitation c’est simple cela m’apporte tellement de choses humainement parlant, mais je ne peux m’en passer.

H-A : A quel point ?

L.S. : Un exemple ? Je me suis cassée la clavicule en juillet dernier après une chute de cheval, je ne devais pas toucher un cheval pendant un mois, au bout de deux jours je voulais monter. Et c’est maman qui m’a remise à cheval contre l’avis du médecin. J’aurais déprimé sans cela.

H-A : Ta relation avec ta maman ?

L.S. : Je pense raisonnablement que les liens avec maman ne peuvent être plus forts que cela. Les liens sont indestructibles entre maman et moi. On se côtoie tous les jours, on partage la même passion, on partage les kilomètres, même si je dors le plus souvent. Il y a quelque chose en plus que notre simple quotidien. La prochaine étape sera en Belgique maintenant.

H.A : Ton rêve aujourd’hui ?

L. S. : Ce serait Tokyo 2020. Ce n’est pas simple en ce moment avec les études, mais mon rêve comme tout athlète ce sont les J.O et si ce n’est pas Tokyo ce sera Paris en 2024 !

H-A : Ton dessert favori ?

L. S. : On ne m’a jamais posé la question (et de la cuisine sa maman répond « la Gauffre à la chantilly ! »). Oh tu n’as pas tort la gaufre à la chantilly. La chantilly pour moi c’est une grande histoire (rire).

H-A. : Des hobbies ?

L.S. : Pas vraiment. Je suis en pleine crise d’adolescence j’en ai conscience et maman me le répète aussi. Mais j’aimerais faire autre chose, les copains, le petit copain, mais voilà aujourd’hui il y a l’équitation.

Propos recueillis par Damien Kilani.

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